S'installer comme ergothérapeute libéral : le guide complet 2026

Vous envisagez de vous installer en libéral, à temps plein ou en complément d'un poste salarié ? Bonne nouvelle : les démarches sont accessibles, à condition de les prendre dans le bon ordre. Statut juridique et fiscal, RPPS, URSSAF, CARPIMKO, assurance, tarifs, premiers patients, équipement : voici le parcours complet de l'installation d'un ergothérapeute libéral en 2026, étape par étape, avec les pièges à éviter.

1. Vue d'ensemble : les étapes dans le bon ordre

Avant le détail, le séquencement. Beaucoup d'installations se compliquent simplement parce que les démarches sont faites dans le désordre — on ne peut pas facturer sans SIRET, ni se conventionner avec une PCO sans RPPS.

  1. RPPS : vérifier votre enregistrement auprès de l'ARS (ou vous enregistrer via le portail eRPPS si vous êtes nouvellement diplômé)
  2. Déclaration d'activité : immatriculation de votre entreprise individuelle pour obtenir un numéro SIRET
  3. Affiliations sociales : URSSAF (cotisations sociales) et CARPIMKO (retraite et prévoyance)
  4. Assurance RCP : souscription obligatoire avant le premier patient
  5. Choix fiscal : micro-BNC ou déclaration contrôlée (2035), et compte bancaire dédié
  6. Tarifs : grille d'honoraires cohérente avec votre marché local
  7. Équipement : local et/ou matériel d'intervention à domicile, logiciel de gestion
  8. Patientèle : prescripteurs, PCO, MDPH, visibilité Google

Comptez généralement quelques semaines entre la première démarche et la première facture, le temps que le SIRET et les affiliations soient effectifs. Détaillons chaque étape.

2. Le statut juridique et fiscal : BNC, micro ou réel

L'entreprise individuelle et les BNC

La quasi-totalité des ergothérapeutes libéraux démarrent en entreprise individuelle (EI), le cadre le plus simple pour une profession libérale réglementée. Vos revenus relèvent alors des BNC (bénéfices non commerciaux). Les formes de société (SELARL, etc.) existent mais ne se justifient en général qu'à des stades plus avancés — n'en faites pas un sujet pour votre première année. La déclaration de début d'activité s'effectue en ligne via le guichet unique des formalités d'entreprises (procedures.inpi.fr), qui transmet aux organismes concernés et déclenche l'attribution de votre numéro SIRET par l'INSEE.

Micro-BNC ou déclaration contrôlée (2035) ?

C'est le premier vrai choix structurant, et il est réversible d'une année sur l'autre.

Le régime micro-BNC est accessible tant que vos recettes annuelles restent sous le plafond légal (de l'ordre de 77 700 € ces dernières années — seuil susceptible d'être revalorisé, vérifiez le montant en vigueur sur impots.gouv.fr). Son principe : l'administration applique un abattement forfaitaire de 34 % sur vos recettes, censé représenter vos charges, et vous êtes imposé sur les 66 % restants. Pas de comptabilité complète, un simple livre des recettes : c'est la simplicité maximale.

La déclaration contrôlée (formulaire 2035) impose une comptabilité de recettes-dépenses, mais permet de déduire vos frais réels : loyer du local, véhicule et déplacements (essentiels si vous intervenez à domicile et en école), matériel de bilan et de rééducation, formations, cotisations sociales, logiciel, assurance…

La règle de décision est simple sur le papier : si vos charges réelles dépassent durablement 34 % de vos recettes, le réel devient intéressant. En pratique, une première année en micro-BNC est souvent confortable le temps de stabiliser l'activité, puis le passage au réel se calcule — idéalement avec un expert-comptable ou une association de gestion agréée. Si vous optez pour le réel, sachez que la 2035 se prépare très bien en continu : notre guide des erreurs fréquentes sur la déclaration 2035 vous évitera les classiques.

URSSAF : vos cotisations sociales

L'affiliation à l'URSSAF découle de votre déclaration d'activité. Vous y verserez vos cotisations d'allocations familiales, la CSG-CRDS et la contribution à la formation professionnelle, calculées sur votre bénéfice. Les premières années, les cotisations sont appelées sur des bases forfaitaires puis régularisées quand votre revenu réel est connu : c'est mécanique, mais cela crée un effet de rattrapage en deuxième et troisième année. Le réflexe qui sauve : provisionnez systématiquement une part de vos encaissements (beaucoup de praticiens retiennent un ordre de grandeur de 20 à 25 % mis de côté dès le départ, à affiner avec votre comptable selon votre situation).

CARPIMKO : retraite et prévoyance

En tant qu'auxiliaire médical libéral, vous relevez obligatoirement de la CARPIMKO pour la retraite de base, la retraite complémentaire et le régime invalidité-décès. L'affiliation doit être demandée dès le début d'activité libérale, même en activité mixte salariat-libéral.

Côté budget : la première année, les cotisations sont appelées sur une base forfaitaire puis régularisées. Selon les barèmes publiés pour 2026, l'ordre de grandeur de la première année se situe autour de quelques milliers d'euros (souvent cité autour de 3 500 € dans les analyses spécialisées), dont une cotisation invalidité-décès forfaitaire de l'ordre d'un millier d'euros due intégralement dès la première année. À noter également : les analyses des barèmes 2026 font état d'une réforme rendant la retraite complémentaire proportionnelle aux revenus. Ces montants évoluent chaque année — vérifiez les chiffres en vigueur sur carpimko.com avant de bâtir votre prévisionnel, et intégrez-les dedans dès le premier mois : la régularisation qui arrive plus tard ne doit jamais être une surprise.

3. RPPS : l'enregistrement obligatoire (ADELI, c'est fini)

Point d'actualité important pour qui lit encore d'anciens guides : le numéro ADELI n'existe plus pour les ergothérapeutes. La profession a basculé dans le RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels de Santé) en mars 2024, selon l'Agence du Numérique en Santé. Concrètement :

Ce numéro est indispensable : il figure sur vos documents professionnels, conditionne votre carte CPS/e-CPS et il est exigé pour certaines démarches comme le conventionnement avec une PCO. Tout changement de situation (adresse d'exercice, mode d'exercice) doit être mis à jour dans le répertoire.

4. L'assurance responsabilité civile professionnelle (RCP)

La RCP est légalement obligatoire pour les professionnels de santé exerçant à titre libéral (article L.1142-2 du Code de la santé publique) : elle couvre les dommages causés aux patients dans le cadre de votre exercice. Souscrivez-la avant votre premier patient, pas après.

Points d'attention spécifiques à l'ergothérapie : vérifiez que le contrat couvre explicitement les interventions hors cabinet (domicile, école, établissements), les préconisations d'aides techniques et d'aménagements (votre responsabilité de conseil est engagée), et les éventuelles activités annexes (formation, expertise logement). Le coût reste modéré — généralement de l'ordre de quelques dizaines à une ou deux centaines d'euros par an selon les contrats et garanties. Complétez utilement avec une protection juridique et, pour votre propre couverture, étudiez une prévoyance complémentaire : les indemnités journalières du régime obligatoire ne démarrent pas immédiatement en cas d'arrêt.

5. Fixer ses tarifs : bilans, séances, domicile

Les actes d'ergothérapie libérale ne sont pas conventionnés par l'Assurance Maladie : vos honoraires sont libres, et c'est à vous de construire une grille cohérente. D'après les sources publiques disponibles (sites spécialisés et pages tarifaires de cabinets, consultés en juin 2026), les fourchettes couramment constatées sont les suivantes — à adapter impérativement à votre territoire et à votre expérience :

Trois principes pour ne pas vous tromper : ne bradez pas le bilan (c'est l'acte le plus expert et le plus chronophage de votre exercice), affichez des tarifs lisibles (les familles comparent et les financeurs exigent des devis), et pensez « reste à charge » : une partie de vos patients sera financée via la PCH, l'AEEH, les fonds de compensation ou les mutuelles — des dossiers qui demandent devis et factures détaillés, comme l'explique notre guide des aides MDPH. Un modèle de facture d'ergothérapeute conforme vous fera gagner du temps dès le premier mois.

6. Trouver ses premiers patients

C'est l'inquiétude numéro un, et elle se travaille méthodiquement. En ergothérapie, la patientèle vient rarement « toute seule » : elle est adressée. Quatre canaux concentrent l'essentiel des premières demandes.

Les prescripteurs et adresseurs locaux

Médecins généralistes, pédiatres, médecins de PMI et médecins scolaires, neuropédiatres, gériatres, mais aussi orthophonistes, psychomotriciens, psychologues, enseignants référents et CAMSP : présentez-vous physiquement, avec un courrier et une plaquette claire (spécialités, délais, modalités, tarifs). Un compte rendu de bilan bien rédigé, envoyé rapidement au prescripteur, est votre meilleure publicité : c'est lui qui déclenche le deuxième adressage.

La PCO de votre territoire

Le conventionnement avec la plateforme de coordination et d'orientation (PCO-TND) de votre département est, pour un cabinet qui démarre, un levier majeur : les bilans et séances des enfants en parcours précoce sont financés par l'Assurance Maladie via le forfait d'intervention précoce, sans avance de frais des familles — et la plateforme vous adresse des enfants. La contrepartie administrative (contrat type, CERFA mensuel) est réelle mais gérable : tout est détaillé dans notre guide CERFA PCO et forfait précoce.

Les circuits MDPH et médico-sociaux

Faites-vous connaître des équipes MDPH, des SESSAD, des services d'aide à domicile et des ergothérapeutes hospitaliers de votre secteur (qui orientent vers le libéral à la sortie). Les dossiers PCH d'aménagement du logement, en particulier, créent des collaborations récurrentes avec les acteurs locaux de l'habitat.

La visibilité Google : votre fiche, vos avis

Les familles qui cherchent par elles-mêmes tapent « ergothérapeute + ville ». Deux actifs couvrent cette demande : une fiche Google Business Profile complète (catégorie, horaires, zone d'intervention, photos), et une fiche annuaire publique référencée présentant vos spécialités et des avis patients modérés — c'est ce qu'offre l'annuaire des ergothérapeutes HouseMed, inclus dans l'abonnement, chaque fiche étant conçue pour être indexée par Google. Ce duo suffit souvent à capter la demande locale spontanée sans payer une plateforme de prise de rendez-vous à plus de cent euros par mois — sur ce sujet, lisez notre analyse alternative à Doctolib pour ergothérapeute et, plus largement, le comparatif des alternatives à Doctolib.

7. S'équiper : local, matériel, logiciel

Côté local, beaucoup d'ergothérapeutes démarrent sans cabinet ou presque : une activité majoritairement à domicile et en école réduit fortement l'investissement initial, quitte à louer ponctuellement un bureau pour les bilans. Côté matériel, constituez progressivement votre mallette de tests et de matériel de rééducation en fonction de votre population cible — inutile de tout acheter avant le premier patient.

Côté gestion, en revanche, équipez-vous dès le premier jour : reprendre six mois de factures et de séances dans un logiciel après coup est une corvée évitable. Voici ce que doit couvrir un logiciel de gestion pour un cabinet d'ergothérapie, et ce que cela donne avec et sans outil :

BesoinSans logiciel (papier / Excel)Avec un logiciel adapté (ex. HouseMed)
Agenda & RDV en ligneAgenda papier, rappels manuels, absences non géréesCréneaux bilans 1 h-2 h, multi-lieux (cabinet, domicile, école), rappels automatiques, réservation en ligne
Devis & factures MDPH/PCHModèles Word, numérotation à la main, risque d'erreursDevis et factures conformes générés en quelques clics, format Factur-X
Suivi PCOTableur dédié, séances oubliées, CERFA reconstitué en fin de moisSéances suivies par rapport au forfait, facturation au tiers payeur
ImpayésRelances quand on y penseRelances automatiques, suivi des encaissements
Comptabilité & 2035Saisie de fin d'année, stress d'avrilRecettes-dépenses tenues au fil de l'eau, 2035 pré-remplie
VisibilitéAucune (ou plateforme payante à part)Fiche annuaire publique référencée Google avec avis patients, incluse
Budget0 € — mais des heures non facturées chaque semaine15 €/mois HT tout inclus

Pour le détail des fonctionnalités pensées spécifiquement pour la profession, voyez la page de notre logiciel pour ergothérapeute.

8. Les erreurs fréquentes des premières années

9. FAQ : installation en ergothérapie libérale

Quelles sont les étapes pour s'installer ergothérapeute libéral ?

Dans l'ordre : enregistrement RPPS auprès de l'ARS, déclaration d'activité (SIRET) via le guichet unique, affiliations URSSAF et CARPIMKO, assurance RCP, choix du régime fiscal BNC, grille tarifaire, équipement (dont logiciel de gestion), puis construction du réseau de prescripteurs et de la visibilité locale.

Faut-il encore un numéro ADELI pour exercer en 2026 ?

Non. Les ergothérapeutes ont basculé dans le RPPS en mars 2024 : les anciens numéros ADELI sont archivés, et les nouveaux diplômés obtiennent directement un numéro RPPS à 11 chiffres via le portail eRPPS de leur ARS. Ce numéro est unique et conservé toute la carrière.

Micro-BNC ou déclaration contrôlée 2035 : que choisir ?

Micro-BNC : abattement forfaitaire de 34 %, simplicité maximale, pertinent en début d'activité sous le plafond de recettes. Déclaration contrôlée (2035) : déduction des frais réels, généralement plus avantageuse quand vos charges (véhicule, local, matériel) dépassent 34 % des recettes. Faites le calcul comparatif chaque année, idéalement accompagné.

Combien coûtent les cotisations CARPIMKO la première année ?

Elles sont appelées sur une base forfaitaire puis régularisées. Selon les barèmes publiés pour 2026, l'ordre de grandeur de la première année se situe autour de quelques milliers d'euros, dont une cotisation invalidité-décès forfaitaire d'environ un millier d'euros. Vérifiez les montants exacts sur carpimko.com.

Quels tarifs pratiquer en ergothérapie libérale ?

Les honoraires sont libres. Les fourchettes couramment constatées dans les sources publiques : environ 80 à 170 € le bilan (parfois plus pour des bilans complexes), 40 à 80 € la séance de 45 minutes à 1 heure, avec majoration fréquente pour le domicile et l'école. Étudiez les tarifs de votre territoire avant de fixer les vôtres.

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Sources

Bascule ADELI → RPPS des ergothérapeutes (mars 2024) et enregistrement via le portail eRPPS : esante.gouv.fr (Agence du Numérique en Santé, « Bascule des professionnels ADELI dans le RPPS ») et sites des ARS (paps.sante.fr), consultés le 12 juin 2026. Cotisations CARPIMKO 2026 (bases forfaitaires de début d'activité, cotisation invalidité-décès, réforme de la complémentaire) : carpimko.com et analyses des barèmes 2026 (docaly.fr, optibnc.fr), consultés le 12 juin 2026. Obligation d'assurance RCP : article L.1142-2 du Code de la santé publique. Plafond micro-BNC et abattement de 34 % : impots.gouv.fr. Fourchettes tarifaires de l'ergothérapie libérale : sources publiques dont logiadapt.fr, reassurez-moi.fr et lelynx.fr, consultées le 12 juin 2026. Forfait d'intervention précoce PCO-TND : fiche technique du dispositif, handicap.gouv.fr. Ces informations évoluent : référez-vous systématiquement aux organismes officiels avant toute décision.

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